19/08/2010

Témoignage de Delphine Ernotte

Delphine Ernotte est Directrice Executive du groupe France Telecom Orange, adjointe pour les opérations France (ECP)

Photo DE.JPGQue pensez vous de la proposition de loi sur la parité dans les instances dirigeantes des entreprises adoptée par l’Assemblée Nationale le 20 janvier ?
Idéalement, je souhaiterais qu’une Loi ne soit pas nécessaire.
Mais, même si les mentalités évoluent et que nous constatons des avancées, la France reste trop conservatrice et nous manquons d’un consensus sur le sujet. Les femmes sont toujours sous-représentées dans les instances exécutives, ce qui oblige aujourd’hui à passer par la Loi. Mais la Loi seule ne suffit pas. Ce sont donc les conditions de son application et la capacité des entreprises à s’emparer de cette problématique qui permettront de vraiment faire évoluer la parité.

Avez vous contribué à l’amélioration de l’équité au sein des équipes, de l’encadrement ? Comment ?
J’espère ! En tous cas, je suis attachée à la parité dans les équipes. Je recrute des femmes et je vérifie personnellement leurs évolutions de carrière et leurs augmentations, même si, au début, ces pratiques ont pu parfois surprendre mon entourage.

Quelles sont selon vous les principales actions à mener pour faire évoluer les codes d’ascension professionnelle ?
Il y a tout d’abord des choix stratégiques à opérer au sein des entreprises en permettant de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, en offrant plus de flexibilité dans l’organisation du travail et la gestion des carrières tant aux femmes qu’aux hommes (à titre d’exemple : éviter les réunions tardives, développer le télétravail et le principe des crèches d’entreprises, etc.). Il faut également communiquer en interne sur la promotion des femmes et que l’on hésite plus à leur confier des postes à haut niveau de responsabilité. Les femmes ont besoin de modèles féminins de réussite pour s’identifier, pour se décomplexer par rapport à leur potentiel ou aux défis auxquels elles sont confrontées.
C’est aussi aux femmes qui, bien souvent sont leurs propres freins, d’oser affirmer leurs ambitions. Le principal ennemi, c’est soi même. Bien sûr, le plafond de verre existe, mais le pire reste sans doute les limites qu’on se fixe. Dans les évaluations « 360° », je suis frappée de constater que bien souvent, les femmes ont tendance à se sous évaluer par rapport au regard que portent sur elles leur manager, leurs collatéraux ou leurs collaborateurs. Il faut travailler sur soi pour se convaincre de sa légitimité à relever les challenges qui nous sont proposés. Trop de femmes se sous évaluent.

Comment conciliez vous votre vie professionnelle avec votre vie de famille ? Qu’est ce qui pourrait vous aider ?
Je fais comme je peux et je n’ai pas la prétention d’être un modèle dans ce domaine. Cela dit, je pense également qu’il n’y a pas d’idéal. Il faut trouver son équilibre personnel. Dans les multiples facettes de leurs vies, les femmes cumulent les pressions. Au travail comme à la maison, il faudrait qu’elles soient exemplaires. Comme c’est impossible, elles culpabilisent. Je crois qu’il faut être lucide et résister à la dictature de la perfection dans tous les domaines qui crée inutilement des tensions. Il faut faire « au mieux » et pas « le mieux », car la perfection tout azimut est une illusion.

Avez-vous eu un modèle ou un mentor ? Quelle importance accordez-vous aux réseaux professionnels ?
Barbara Dalibard, ex patronne de notre activité Entreprises aujourd’hui à la SNCF, a toujours été pour moi un modèle. Un être rare associant une immense compétence et une extrême simplicité dans ses rapports aux autres.
Les réseaux de femmes qui se développent aujourd’hui sont un bon moyen de faire émerger des profils, de pouvoir influencer les nominations. Cela dit, à, titre personnel, je n’ai pas d’affection particulière pour les réseaux statutaires auxquels je préfère les réseaux hétérogènes, interprofessionnels, qui offrent une plus grande richesse parce qu’une plus grande mixité de regards et de convictions.

Pour conclure, quels conseils donneriez vous à une jeune Centralienne ?
Travaillez ! Et ne lâchez votre activité professionnelle sous aucun prétexte pour n’être dépendante que de vous même.

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